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Tunisie : « La pire récession depuis l'indépendance »

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  • Tunisie : « La pire récession depuis l'indépendance »

    ENTRETIEN. Ex-ministre de l'Économie et des Finances, Hakim Ben Hammouda chiffre le coût de la crise et en appelle à un plan de relance massif.

    Propos recueillis par le correspondant de Lepoint.fr à tunis, Benoît Delmas



    Par un après-midi de ramadan, Hakim Ben Hammouda prend le temps de la parole économique. En cette période d'épidémie, contenue en Tunisie avec 1 013 cas et 42 décès*, l'heure est aux vigoureuses inquiétudes. La récession qui guette le pays ne date pas de l'apparition du virus : celui-ci l'a accélérée. Pour cet économiste, qui a beaucoup œuvré dans les institutions internationales (PNUD, OMC, BAD), la situation est très grave, « la plus importante récession qu'ait connue la Tunisie ». Revenu aux affaires tunisiennes après la révolution, il fut ministre de l'Économie et des Finances en 2014 dans le gouvernement de technocrates présidé par Mehdi Jomâa. Cette équipe apolitique eut pour mission d'assurer la transition entre l'adoption de la nouvelle Constitution et les élections législatives et présidentielles. Depuis, Ben Hammouda poursuit sa réflexion et publie. Il analyse une Tunisie qui a révolutionné ses institutions politiques, mais n'a pas modifié son économie. Son nom circule à chaque changement de gouvernement.
    En 2014, Hakim Ben Hammouda (à gauche), alors ministre de l'Économie et des Finances, avec Mehdi Jomaa, alors premier ministre de Tunisie. © FETHI BELAID / AFP


    Le Point Afrique : Quelle est la réalité de l'économie tunisienne alors que débute la première phase du déconfinement ?
    Hakim Ben Hammouda : L'économie n'allait déjà pas bien avant la crise du coronavirus. La croissance était extrêmement fragile, quasi nulle au dernier trimestre 2019. Le modèle économique tunisien, basé sur une industrie à faibles coûts et une main-d'œuvre à bas salaires, n'est plus adapté. Plus inquiétant, depuis trois ans l'agriculture est devenue le moteur de notre économie. Avec les mines (le phosphate), le textile et le tourisme, ce sont les axes sur lesquels notre économie est basée. Trois secteurs qui ne se sont pas renouvelés depuis le début des années 2000. Nous n'avons pas su développer de nouvelles activités à haute valeur ajoutée, hormis quelques îlots (aéronautiques, start-up).

    Quel est le coût de la crise ?

    L'impact sur la croissance sera de - 3,9 %. Pour sa part, le FMI parle de - 3,4 %. Le pays va connaître sa plus forte récession depuis l'indépendance en 1956. En 2011, année de la révolution, la croissance avait reculé de 1,9 %. C'est le double aujourd'hui ! Nous allons avoir 160 000 chômeurs de plus, soit 800 000 au total, un taux de 18,8 %. Il faut savoir que le chômage n'est pas indemnisé en Tunisie.
    Craignez-vous des révoltes sociales d'ici la fin de l'année ?

    Le virus sert à montrer le niveau de la crise sociale en Tunisie. 20 % de la population a besoin d'une aide de deux cents dinars. Cela révèle la profondeur du mal. Je crains qu'on soit confronté à des mouvements sociaux. Depuis la révolution, nous vivons dans la domination de l'immédiat, on cherche des réponses immédiates à des problèmes complexes. Nous avons besoin de solutions de rupture. Pourquoi pas un revenu universel ? Sans le savoir, on le distribue à travers des mécanismes d'aides qui n'ont pas de cohérence. Il faut les rationaliser. Les gouvernements qui se succèdent depuis la révolution paraissent tétanisés face à la détresse sociale.

    Que pensez-vous de l'action du gouvernement ?
    Sa réponse a été triple : sanitaire, des mesures d'urgence pour les entreprises, des mesures d'urgence sociale. Mesures qu'il est nécessaire de prolonger même si les finances publiques sont exsangues. Elles sont insuffisantes. Je note que les aides sociales s'arrêtent fin avril. De nombreux chefs d'entreprise constatent que les aides annoncées ne sont pas applicables facilement, que la bureaucratie complique tout. Quant au plan de relance, on ne le voit pas arriver. On attend aussi la loi de finances rectificative qui permettra de faire face à ces nouvelles dépenses.


    Quelle ampleur doit avoir ce plan de relance ?

    Dix pour cent du PIB soit douze à treize milliards de dinars qui permettront de retrouver de la croissance. Il va falloir rallumer les locomotives éteintes de l'économie. L'Europe s'aperçoit qu'elle est trop dépendante de la Chine. Le Maghreb a une carte à jouer. En Tunisie, l'un des secteurs les plus dynamiques est celui de l'industrie pharmaceutique. Il est exportateur en Afrique. Cette crise sans précédent nous oblige à gérer des impacts négatifs. Mais de nouvelles coopérations surgiront.

    Source: Lepoint
    La cité de Carthage prospéra sous le règne d’Elissa, ses richesses se développèrent avec l’arrivée des nouveaux habitants et les affaires s’épanouissaient avec les commerçants qui affluaient de tout bord. Hiarbas, roi des Maxitans, le peuple autochtone, voulant mettre la main sur cette nouvelle richesse, réclama Elissa comme épouse sinon il déclarerait la guerre. La reine, refusant de trahir son serment de rester fidèle à la mémoire de son époux, décida de mettre fin à sa vie en se poignardant et se jettant dans le feu.
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